d-un-pecheur, et du petit-poisson

Un Pêcheur ayant pris un petit Poisson, dont le goût est très agréable, résolut de le manger. Ce petit animal, pour se tirer des mains du Pêcheur, lui représentait qu’il devait lui donner le temps de croître et le priait très instamment de le relâcher, lui promettant de revenir de son bon gré mordre à l’hameçon au bout de quelque temps.  » Il faudrait que j’eusse perdu l’esprit, lui répliqua le Pêcheur, si je me fiais à tes promesses et si sous l’espérance d’un bien futur et incertain, je me privais d’un bien présent et assuré. « 

Autre version

 » Le Pêcheur et le Picarel » - Un pêcheur, ayant laissé couler son filet dans la mer, en retira un picarel. Comme il était petit, le picarel supplia le pêcheur de ne point le prendre pour le moment, mais de le relâcher en considération de sa petitesse. « Mais quand j’au­rai grandi, continua-t-il, et que je serai un gros poisson, tu pourras me reprendre; aussi bien je te ferai plus de profit. — Hé mais ! répartit le pêcheur, je serais un sot de lâcher le butin que j’ai dans la main, pour compter sur le butin à venir, si grand qu’il soit. »

Cette fable montre que ce serait folie de lâcher, sans espoir d’un profit plus grand, le profit qu’on a dans la main, sous prétexte qu’il est petit.

Ἁλιεὺς καὶ σμαρίς

Ἁλιεὺς τὸ δίκτυον χαλάσας ἐν τῇ θαλάσσῃ ἀνήνεγκε σμαρίδα . Σμικρὰ δὲ οὖσα ἱκέτευεν αὐτὸν νῦν μὲν μὴ λαβεῖν αὐτήν, ἀλλἐᾶσαι, διὰ τὸ σμικρὰν τυγχάνειν. « Ἀλλ ὅταν αὐξυνθῶ καὶ μεγάλη, φησί, γένωμαι, συλλαβεῖν με δυνήσῃ, ἐπεὶ καὶ εἰς μείζονά σοι ὠφέλειαν ἔσομαι. » Καὶ ὁ ἁλιεὺς εἶπεν· « Ἀλλἔγωγε ἄνους ἂν εἴην, εἰ τὸ ἐν χερσὶ παρεὶς κέρδος, κἂν σμικρὸν ᾖ, τὸ προσδοκώμενον, κἂν μέγα ὑπάρχῃ, ἐλπίζοιμι. »

Ὁ μῦθος δηλοῖ ὅτι ἀλόγιστος ἂν εἴη ὁ δι ‘ ἐλπίδα μείζονος τὰ ἐν χερσὶν ἀφεὶς σμικρὰ ὄντα.

 

  • Esope – (VIIe-VIe siècle av. J.-C)

Le Pêcheur et les poissons

Un pêcheur retira un filet qu’il venait de jeter; il le trouva plein de poissons de diverse grosseur. Or, les petits, s’enfonçant dans l’eau, passèrent à travers les mailles, tandis que les grands, étant  retenus, furent jetés dans la barque. Un moyen de se sauver et d’échapper aux maux, c’est d’être petit. Celui qui paraît grand arrive rarement à se soustraire aux dangers.

  • Babrius, Babrias (IIe. ou IIIe. siècle) traduction par A. L. Boyer (1844)

Le petit Poisson et le Pêcheur

Petit poisson deviendra grand
Pourvu que Dieu lui prête vie;
Mais le lâcher en attendant,
Je tiens pour moi que c’est folie:
Car de le rattraper il n’est pas trop certain
Un carpeau, qui n’était encore que fretin,
Fut pris par un pêcheur au bord d’une rivière.
«Tout fait nombre, dit l’homme en voyant son butin;
Voilà commencement de chère et de festin :
Mettons-le en notre gibecière.»
Le pauvre carpillon lui dit en sa manière :
«Que ferez-vous de moi ? Je ne saurais fournir
Au plus qu’une demi-bouchée.
Laissez-moi carpe devenir :
Je serai par vous repêchée;
Quelque gros partisan m’achètera bien cher :
Au lieu qu’il vous en faut chercher
Peut-être encor cent de ma taille
Pour faire un plat. Quel plat ? croyez-moi, rien qui vaille.
- Rien qui vaille ? Eh bien ! soit, repartit le pêcheur :
Poisson, mon bel ami, qui faites le prêcheur,
Vous irez dans la poêle; et vous avez beau dire,
Dès ce soir on vous fera frire .»
Un Tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux Tu l’auras;
L’un est sûr, l’autre ne l’est pas.

  • Jean de la Fontaine – (1621 – 1695)